ChatGPT, Claude, Mistral, Perplexity, outils de transcription automatique, assistants intégrés à Zoom ou chatbox sur un site Internet : l’intelligence artificielle est désormais présente dans de nombreux outils utilisés par les coachs, thérapeutes et praticiens.
Mais une question revient de plus en plus souvent : l’AI Act me concerne-t-il si je me contente d’utiliser ces outils dans mon activité ?
La réponse est oui, potentiellement. L’AI Act, ou règlement européen sur l’intelligence artificielle, ne concerne pas seulement les entreprises qui développent des systèmes d’IA. Il prévoit également certaines règles pour les professionnels qui les utilisent.
Pour autant, inutile de paniquer ou de renoncer à ChatGPT. Pour la plupart des professionnels de l’accompagnement, les bons réflexes sont assez simples : protéger les données de leurs clients, contrôler ce que produit l’IA, être transparent dans certaines situations et encadrer les usages lorsqu’ils travaillent à plusieurs.
Houjo vous explique les principales règles à connaître.
AI Act : de quoi parle-t-on exactement ?
L’AI Act est le règlement européen qui encadre l’intelligence artificielle. Son principe est de prévoir des obligations différentes selon les risques associés aux systèmes et à leurs usages.
Certaines utilisations de l’IA sont interdites, d’autres sont fortement réglementées et beaucoup d’usages courants restent parfaitement possibles.
Les professionnels qui utilisent des systèmes d’IA dans le cadre de leur activité peuvent notamment entrer dans la catégorie des « déployeurs » prévue par le règlement.
Depuis le 2 août 2026, plusieurs obligations de transparence prévues par l’article 50 de l’AI Act sont applicables.
Chez Houjo, nous pensons que l’IA peut être très utile au développement de votre activité. Mais comment l’utiliser de manière éthique et légale quand on est coach, thérapeute, consultant, formateur ou praticien du bien-être ?
C’est probablement l’une des principales confusions autour de l’AI Act.
Vous utilisez ChatGPT pour :
- trouver des idées de posts LinkedIn ;
- préparer une newsletter ;
- structurer un article ;
- reformuler une page de votre site ;
- préparer un support de formation ;
- construire une trame de masterclass ?
L’AI Act ne prévoit pas une obligation générale d’étiquetage de chaque texte ayant bénéficié de l’aide d’une intelligence artificielle.
Les obligations de transparence visent des situations particulières.
C’est notamment le cas de certains contenus artificiels pouvant être confondus avec des contenus authentiques et de certains textes générés ou manipulés par IA et publiés pour informer le public sur une question d’intérêt public.
Exemple
Vous demandez à ChatGPT : « Aide-moi à structurer un post expliquant les bénéfices d’un accompagnement de coaching. »
Vous retravaillez ensuite le texte, vérifiez son contenu et le publiez sur LinkedIn.
Pas besoin d’ajouter automatiquement « ce post a été généré par une IA ».
Même chose pour une newsletter, une page de vente ou un support pédagogique que vous avez préparé avec l’aide d’une IA.
Images, vidéos, voix : attention aux contenus qui pourraient être pris pour vrais
La situation est différente lorsque l’IA crée ou modifie un contenu donnant l’impression qu’une personne, un lieu, un objet ou un événement réel existe ou s’est réellement produit.
On pense notamment aux deepfakes.
Par exemple :
- une vidéo générée donnant l’impression qu’une personne réelle prononce certains propos ;
- une reproduction artificielle de la voix d’une personne ;
- une image faisant croire qu’une personne se trouvait réellement dans un lieu ;
- une fausse photographie d’un événement qui n’a jamais eu lieu.
Dans ces situations, l’AI Act impose des obligations de transparence afin que le public puisse comprendre que le contenu est artificiel ou manipulé.
Le bon réflexe
Si vous utilisez une IA uniquement pour créer une illustration manifestement fictive, la situation n’est pas la même que si vous créez un contenu qui pourrait raisonnablement passer pour une représentation authentique de la réalité.
Demandez-vous donc :
- Une personne qui regarde ce contenu pourrait-elle penser qu’il est réel ?
- Si oui, la question du signalement de son caractère artificiel doit être examinée.
Vous installez une chatbox IA : votre visiteur doit savoir qu’il échange avec une IA
De plus en plus de professionnels installent sur leur site une chatbox capable de répondre automatiquement aux questions des visiteurs.
Là encore, l’utilisation n’est pas interdite.
Mais lorsqu’un système d’IA est destiné à interagir directement avec une personne, l’AI Act prévoit qu’il soit conçu de manière à ce qu’elle soit informée qu’elle échange avec une IA, sauf si cela est évident compte tenu du contexte.
En pratique
Si vous installez une chatbox sur votre site :
- vérifiez que son caractère automatisé est clairement indiqué ;
- évitez de lui donner une présentation qui ferait croire qu’il s’agit réellement de vous ;
- ne créez pas volontairement de confusion entre une conversation avec l’IA et une conversation avec un membre de votre équipe.
Par exemple :
« Assistant virtuel » est beaucoup plus clair qu’une chatbox utilisant votre photo et votre prénom en donnant l’impression que vous répondez personnellement et instantanément aux visiteurs.
Pour les métiers de l’accompagnement humain, cette transparence est d’autant plus importante que la relation de confiance occupe une place centrale.
Données clients et IA : l’AI Act n’est pas le seul texte à regarder
C’est probablement le point le plus important dans la pratique quotidienne d’un coach ou d’un thérapeute.
Vous voulez demander à une IA :
- de résumer vos notes après une séance ;
- d’analyser le mail d’un client ;
- de préparer la prochaine séance à partir de son historique ;
- de synthétiser un entretien ;
- d’interpréter un questionnaire rempli par un client ?
Attention.
Ici, la question dépasse largement l’AI Act. Le RGPD et vos obligations de confidentialité entrent également en jeu.
Chez Houjo, notre recommandation est simple : ne transmettez pas de données clients non anonymisées dans une IA générative.
Et retirer uniquement le prénom ne signifie pas nécessairement anonymiser.
Un client peut parfois être identifié à partir de plusieurs informations combinées : son âge, sa profession, sa ville, sa situation familiale, son parcours, sa problématique ou encore des informations relatives à sa santé.
Exemple
Écrire : « Ma cliente Sophie, 42 ans, vit à Bordeaux et vient de divorcer… » pose évidemment problème.
Mais remplacer simplement « Sophie » par « ma cliente » ne règle pas nécessairement la question si les autres informations permettent encore de la reconnaître.
Le bon réflexe
Travaillez autant que possible avec :
- des situations fictives ;
- des exemples génériques ;
- des informations réellement anonymisées ;
- des problématiques reformulées sans élément permettant de rattacher le cas à une personne réelle.
Une IA peut se tromper : vous devez toujours garder le contrôle
Une intelligence artificielle générative produit une réponse plausible. Cela ne signifie pas que cette réponse est exacte.
Elle peut :
- inventer une information ;
- mal interpréter une demande ;
- produire une réponse dépassée ;
- simplifier excessivement un sujet ;
- donner une recommandation inadaptée à la situation.
L’utilisation d’une IA ne transfère donc pas votre responsabilité professionnelle à l’outil.
Si ChatGPT vous propose une affirmation erronée que vous reprenez dans une formation, un support ou un accompagnement, ce n’est pas ChatGPT qui répondra devant votre client.
Le bon réflexe
Avant d’utiliser une production de l’IA : relisez, vérifiez et décidez vous-même de ce que vous conservez.
L’IA peut assister votre travail. Elle ne doit pas devenir un pilote automatique.
C’est particulièrement important lorsque vous intervenez dans des domaines touchant au bien-être, à la santé, à la situation personnelle ou professionnelle d’une personne.
Vous travaillez avec une équipe ou des prestataires : posez des règles
Vous faites peut-être très attention à ce que vous transmettez vous-même à ChatGPT.
Mais qu’en est-il de votre assistant, de votre community manager ou d’un autre prestataire ?
L’article 4 de l’AI Act prévoit que les fournisseurs et déployeurs prennent des mesures pour assurer un niveau suffisant de maîtrise de l’IA des personnes qui utilisent ces systèmes pour leur compte, en tenant compte notamment du contexte d’utilisation.
Cela ne signifie pas nécessairement mettre en place une formation complexe ou obtenir une certification.
Pour une petite structure, commencez simplement par fixer des règles :
- quels outils IA peuvent être utilisés ;
- pour quelles tâches ;
- quelles données ne doivent jamais y être saisies ;
- quelles productions doivent obligatoirement être vérifiées ;
- dans quelles situations l’IA ne doit pas être utilisée.
Exemple
Vous confiez la rédaction de votre newsletter à un prestataire.
Il peut utiliser ChatGPT pour l’aider à structurer votre contenu.
En revanche, il ne doit pas copier dans ChatGPT le mail personnel envoyé par un client pour lui demander d’en tirer un témoignage ou un cas pratique sans respecter les règles que vous avez fixées.
Une règle interne simple peut éviter beaucoup d’usages auxquels vous n’auriez même pas pensé.
AI Act : les 5 réflexes à retenir
Si vous êtes coach, thérapeute ou praticien et utilisez l’IA dans votre activité, retenez surtout ceci :
- Vous n’avez pas à signaler systématiquement « généré par IA » sur vos contenus.
- Soyez transparent lorsqu’une personne échange directement avec une IA et lorsque certains contenus artificiels pourraient passer pour authentiques.
- Ne transmettez pas de données clients non anonymisées à une IA générative.
- Relisez et vérifiez toujours ce que produit l’IA avant de l’utiliser.
- Si d’autres personnes utilisent l’IA pour votre activité, fixez-leur des règles claires.
L’AI Act ne signifie donc pas qu’il faut arrêter d’utiliser ChatGPT ou les autres outils d’intelligence artificielle.
Il invite surtout les professionnels à savoir ce qu’ils font de ces outils, à protéger les personnes qu’ils accompagnent et à rester maîtres de leurs usages.
Chez Houjo, nous intégrons pleinement l’IA à votre sécurité juridique
Nos clients sont accompagnés pour adopter une utilisation responsable, éthique et sécurisée de l’intelligence artificielle dans leur activité.
Concrètement, nous les aidons notamment à :
- savoir quelles informations peuvent ou non être transmises à une IA ;
- protéger les données et la confidentialité de leurs clients ;
- encadrer l’utilisation d’outils de transcription, de résumé ou de chatbox IA ;
- identifier les situations dans lesquelles une transparence particulière est nécessaire ;
- conserver une véritable supervision humaine ;
- encadrer l’utilisation de l’IA dans leurs documents lorsqu’elle intervient dans leurs accompagnements.
Ils disposent également de ressources pratiques pour appliquer ces principes au quotidien : guide dédié, cas concrets, check-list et clauses à intégrer dans leurs documents lorsque leur utilisation de l’IA le nécessite.
Parce que sécuriser son activité aujourd’hui, c’est aussi apprendre à utiliser l’IA sans renoncer à la confiance de ses clients.
Vous êtes coach, thérapeute ou praticien ? Les Packs juridiques Houjo vous accompagnent aussi sur ces nouveaux usages de l’IA.
En résumé
L’AI Act concerne aussi les coachs, thérapeutes et praticiens lorsqu’ils utilisent professionnellement des outils d’intelligence artificielle. Ils n’ont pas à signaler systématiquement « généré par IA » sur leurs contenus, mais doivent respecter certaines règles de transparence, notamment pour les chatbox et certains contenus artificiels pouvant passer pour authentiques. Ils doivent également protéger les données personnelles de leurs clients, vérifier les productions de l’IA et encadrer les usages de leurs collaborateurs et prestataires. Le RGPD et les obligations de confidentialité continuent à s’appliquer parallèlement à l’AI Act.




